Je m’apprête très certainement à écrire une banalité, mais quand je rentre de vacances s’installe un blues que je garde plusieurs jours, quand ce n’est pas une semaine (voire plus).

Nous passons, au minimum, 10 jours pour les vacances de printemps et 4 semaines en été au bord de la mer, dans une grande maison avec jardin, où on peut tout faire sans voiture.

Là tout de suite, vous avez l’impression de lire une petite annonce pour une location de vacances, mais quand on passe toute l’année à Paris dans un appartement (même si il est plus grand depuis qu’on a déménagé), c’est comme ça que je résume mon cocon en une phrase.

Cette maison, j’y suis très attachée puisque c’était celle de ma Mamie. Mais en plus de ça, il y a, là-bas, ma famille maternelle dans une petite ville calme près de l’océan, un marché avec des commerçants chez qui allait ma Mamie et chez qui je continue d’aller.

Bref, cette presqu’île en face du Ford Boyard, c’est mon petit coin de paradis et je déteste la quitter.

Quand nous sommes rentrés début mai, ce fameux blues s’est installé, mais Ouistiti m’a fait voir les choses différemment.

Si il a passé 15 jours à profiter de la plage et des châteaux de sable, du jardin et du ballon, des glaces, des balades, il a retrouvé sa maison avec le sourire jusqu’aux oreilles.

Bien sûr, il était plus que ravi de retrouver ses jouets (et ça je m’y attendais), mais ce n’est pas ça qui m’a fait relativiser les choses sur ma façon de gérer notre retour.

C’est dès le lendemain, quand nous sommes sortis, que mon petit garçon de deux ans et demi m’a donné cette leçon.

Je partage régulièrement avec vous ses petits rituels de balade. Ce sont eux qu’il a retrouvés avec un bonheur éclatant, comme si il ne les avais jamais quittés pendant deux semaines.

Comme il le faisait avant les vacances, il m’a commenté tout ce qu’on croisait, en me faisant remarquer les petits bonhommes rouges et verts aux feux de signalisation, bien plus présents à Paris. Il a retrouvé ses chers « gayages à voitures« , le boucher et la boulangère avec qui il aime papoter, le toboggan du parc

Voir son sourire à chaque chose qu’il croisait m’a déjà mis du baume au cœur. Mais c’est le voir remarquer des petites choses, auxquelles je ne fais même plus attention, qui m’ont fait réaliser qu’il y a du bon partout.

Quand je rentre de vacances, je suis agressée par le bruit environnant qui ne s’arrête jamais : les voitures, les travaux, les bus, les scooters. Même la nuit, il y a du bruit, y compris chez nous (merci les voisins), alors qu’en vacances, nous sommes au calme à l’intérieur comme à l’extérieur.

Mais, même dans tout ce bruit, Ouistiti arrive à en isoler qu’il affectionne particulièrement en ce moment : parmi cet incessant brouhaha de la circulation, mon Bout’chou repère le bruit d’un avion ou d’un hélicoptère et me demande à chaque fois « Maman, c’est quoi ce bruit ?« 

La première fois, je n’entendais que les voitures donc c’est de que je lui ai dit. Quand il m’a répondu « non », j’ai égrainé tous les véhicules jusqu’à ce que lui me dise « mais non, Maman, un avion !« 

Et là, j’ai été scotchée : pour moi, ce n’était qu’un amas de bruits, alors que lui en isolait chacun d’eux. Et encore plus quand je le vois les repérer entre les hauts immeubles qui nous entourent, et même faire la distinction entre un avion et un hélicoptère.

Une autre chose à laquelle j’ai du mal à me réhabituer quand nous rentrons, c’est le paysage : je passe d’un bord de mer à une ville hyper citadine. Même si nous avons la chance d’habiter près d’un bois, la nature me manque, tout comme l’accès direct à l’espace.

Le square symbolise bien ce manque d’espace. Pour que Ouistiti puisse jouer dehors à Paris, nous devons sortir et marcher plusieurs dizaines de mètres pour rejoindre le toboggan et les autres jeux de plein air, alors qu’en vacances il suffit d’ouvrir la fenêtre pour jouer dans le jardin.

Pendant les vacances, Ouistiti passait de longs moments à observer ce qu’il s’y passait : les fleurs de pissenlit qui s’envolent lorsque l’on souffle dessus; le linge que l’on fait sécher dehors et derrière lequel on peut se cacher; les oiseaux qui ne sont pas que les pigeons que l’on croise sur les trottoirs parisiens; et toutes les petites bêtes qui se baladent dans la pelouse.

La citadine frustrée de retrouver sa capitale est en manque de toutes ces petites choses, qui symbolisent la vie non polluée en province. Mais, là encore, Ouistiti m’a montré que mes yeux d’adulte passaient à côté de plein de choses.

Un matin où nous partions faire quelques courses, Ouistiti s’est arrêté net devant une petite touffe d’herbe qui s’échappait du bitume, comme ça arrive souvent en ville (comme quoi la nature arrive toujours à reprendre ses droits !) et le plus naturellement du monde, il m’a dit « Regarde, Maman, les petites fourmis« .

Ma première réaction a été de penser qu’il n’y avait pas de fourmis, mais en répondant à sa demande de regarder, j’ai vu deux petites fourmis se balader.

Il avait tout simplement transposer les plaisirs de regarder ces petites bêtes dans la rue, comme il le faisait dans le jardin. Et depuis, il fait une halte dès qu’il aperçoit un petit bout de verdure, même le plus rikiki.

De nouveaux rituels s’ajoutent à nos balades, et on double facilement nos temps de trajet pour faire des courses ou aller à la crèche. Mais je savoure chaque moment où ses yeux s’émerveillent de croiser quelque chose qu’il adore.

regarder à travers ses yeux d'enfant

Je le vois prendre autant de plaisir à entendre un avion, passer devant un garage ou une vitrine, que moi lorsque je retrouve mon océan.

Et je me dis que cette innocence dans ses yeux et ce don à s’émerveiller de toutes ces petites choses, me manquent tellement et que le blues qui s’insinue tellement facilement de retour de vacances, mais aussi régulièrement pendant l’année (comme en ce moment avec ce temps pourri, alors que lui en tire le plaisir de s’éclater à sauter dans les flaques) serait tellement moins présent, si je voyais les choses comme lui.

Vous croyez que c’est possible quand on est grand de retrouver ses yeux d’enfant ?

 

4 Thoughts on “Regarder à travers ses yeux d’enfant

  1. Oh je comprends tellement ton coup de blues. J’ai grandi à dans la campagne normande. Petite il me suffisait d’aller dans le jardin pour y découvrir des fleurs, le potager mais aussi la rivière qui passe dans le jardin de mes parents! La rivière dans laquelle on pêche, on se baigne, la rivière qui a bercé mon enfance, et qui bercera celle de Paul.
    J’ai quitté ma Normandie pour les études supérieurs et j’y suis restée pour débuter ma vie d’adulte. Mais impossible pour moi d’y rester trop longtemps, quasiment tous les weekends je rentrais chez moi. Parce que finalement mon « chez moi » je n’ai jamais eu la sensation qu’il était à Paris.
    Paul est né à Paris dans ce petit appartement dans lequel nous ne pouvions plus respirer! En attendant de trouver la maison de nos rêves à acheter en Normandie nous sommes partis en banlieue. Alors oui nous sommes toujours en appartement mais un appartement qui fait plus du double que ce que nous avions à Paris, nous profitons de la terrasse plein sud et surtout nous sommes au calme et entouré de verdure (champs, forêts, fermes, étangs…).
    Parfois Paris me manque mais nous sommes qu’à 45min donc rien d’impossible. J’y suis allée hier et mon Dieu que le bruit m’a dérangé!! J’étais épuisée hier soir et Paul était énervé.
    Nous avons hâte de trouver la maison de nos rêves pour être encore plus au calme!

    • MamanDeOuistiti on 24 mai 2016 at 9 h 19 min said:

      Même si ce n’est pas pour tout de suite, je pense que nous aussi on déménagera en banlieue. Rien que le dépaysement quand on va chez mes parents le week-end, qui ont une maison et qui sont à 35 minutes de Paris, me fait déconnecter. On se ruine en payant un loyer pour une surface, plus grande qu’avant mais dans laquelle j’étouffe quand même.
      J’aime Paris pour tout ce qu’on peut u faire, mais les choses ne sont plus les mêmes quand on devient Parent

  2. Adeline WEISSE on 25 mai 2016 at 8 h 38 min said:

    Conserver son âme d’enfant, cette lueur n’est pas chose aisée surtout avec les obligations de la vie d’adulte.
    Mais comme tu l’écris si bien, parfois, juste prendre le temps d’observer et voir le monde qui nous entoure autrement, est un bon anti-dépresseur.
    Très bel article.

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